QUI SOMMES-NOUS?
Nous sommes mort·es et vivant·es et mort·es-vivant·es
Nous, sans et avec papiers, appelons les personnes avec et sans papiers,
Nous nous adressons aux vivant·es et aux mort·es:
Aux mort·es exclu·es du droit à la dignité de la vie, à la sacralité de la mort,
Aux mort·es exclu·es du droit aux terres de départs et aux terres d’arrivées,
Aux mort·es mis·es en veille, au ban, à mort, aux âmes amarré·es, suspendu·es,
Aux mort·es-vivant·es d’existences soumises aux administrations assassines,
Aux mort·es-vivant·es hébété·es, égaré·es spirituellement,
Aux mort·es-vivant·es embourbé·es dans l’indifférence politique et sociale,
Aux vivant·es qui résistent, luttent contre ce qui éteint, affaiblit, détruit,
Aux vivant·es qui oeuvrent à faire corps et communauté,
Aux vivant·es qui cultivent la vie malgré tout,
A NOUS qui avons été, à Nous qui sommes et qui serons,
A NOUS, le devoir de briser l’esseulement et le sentiment d’abandon,
A NOUS la responsabilité d’agir,
depuis le cœur de la nécropole européenne,
pour son démantèlement.
CE QUE NOUS DESIRONS
Que la valeur de toute vie humaine redevienne inestimable ,
Que chaque personne morte ou vivante
soit reconnue pleinement dans son identité, son histoire, ses rêves,
Que chaque personne vivante dispose de sa capacité d’agir,
Que la liberté de déplacement et d’établissement soit garantie pour toutes et tous,
Que tout peuple use de tous les moyens nécessaires pour s’affranchir de toute domination coloniale ou étrangère directe ou indirecte et de tous régimes racistes.
Que les droits économiques des peuples soient respectés
Que la justice soit rendue aux vivant·es et aux mort·es
pour les morts provoquées par la frontiérisation, ses logiques mortifères,
Que chacune de ces morts nous hante,
Que chacune de ces morts nous force à riposter,
Que des garanties et des sanctions soient prises,
Que l’Histoire soit rétablie
depuis des points de vue minorisés, rejetés, criminalisés,
Nous voulons un langage qui résiste, un langage engagé, situé, durable.
Que les générations présentes et à venir sachent,
Que ces vies, ces morts saisissent des témoin·tes,
Que chaque mort due aux nécropolitiques obtienne vérité, mémoire et justice,
et nous oblige à garder vivace la question:
à qui appartient la dignité?
CE QUE NOUS REFUSONS
La brutalité qui perdure et se normalise,
la violation systématique du serment d’Hippocrate,
du soin, du droit, de l’hospitalité, au nom de la sécurité, du contrôle, de la frontière,
la montée en puissance des nuisances,
leur production, leur externalisation, leur recyclage politique,
les embarcations sabotées par des plaisanciers,
les milices et nervis organisant des chasses aux exilé·es,
les réseaux de traite prospérant sur les politiques migratoires,
les accords bilatéraux néo coloniaux signés avec des élites-marionnettes,
les murs financés à coups de milliards de pétrodollars,
les caméras thermiques, les drones, les détecteurs de CO₂,
la surveillance, la traque, la battue,
la militarisation des frontières jusque dans les rues.
Nous refusons la complicité active du secteur privé de l’armement, de la finance, des médias.
Nous nommons la chaîne de responsabilités : OTAN, ONU, FMI, OIM, dispositifs de coopération, ONG instrumentalisées, Parlement européen, Frontex, parlements nationaux, partis politiques, office (police) des étrangers, polices, administrations, presse, jusqu’aux hôpitaux, services sociaux, syndicats et associations
lorsqu’ils participent, soutiennent ou taisent les politiques racistes et propagandistes.
Nous refusons les mots qui criminalisent, stigmatisent, animalisent.
Nous refusons la négrophobie, l’islamophobie et toutes les hiérarchies de vies.
Nous accusons celles et ceux qui, pour préserver les privilèges, usent et abusent d’une technologie administrative de domination.
Nous rejetons le mythe de la responsabilité individuelle qui masque les systèmes meurtriers.
Nous réclamons cependant que chaque citoyen·ne s’engage au préjudice de s’examiner soi-même, de questionner ses pratiques professionnelles, les langages, et les silences. Nous refusons le confort moral plutôt qu’une position critique, parfois inconfortable, toujours nécessaire.
Nous refusons que des crimes soient commis en notre nom.
Nous refusons la criminalisation de la solidarité.
Nous refusons la maltraitance et la non-assistance aux personnes en danger.
Nous désignons l’Ennemi : l’Empire, l’Hégémonie, la Suprématie, ces architectures politiques de la mise à mort.
TRESSER L’EPISSURE
Comment faire? Que faire?
Détourner les représentations.
Retourner les stigmates.
Rester barbare face au mythe de la civilisation occidentale.
Désaliéner les sujets pensants de la propagande coloniale.
Ébranler la narration dominante.
Nous situons les échelles, les circulations, les activations.
Les liens sont multiples : alliances profondes, complicités stratégiques, relations fragiles ou toniques, connivences conscientes ou tensions nécessaires.
Forger des alliances, non pour l’instantané, mais pour la durée,
pour la croissance des résistances et pour la transmission des luttes.
Instaurer la militance collective pragmatique pour sortir de la militance individuelle libérale
Nommer les responsabilités, les coupables.
Identifier les mort·es et les vivant·es.
Refuser le repos éternel tant que la justice n’est pas rendue.
S’assurer que nul ne soit rendu plus mort qu’il ne l’est déjà.
Nous signons.
Nous agissons.
Nous résistons.
La Machine est une méchante bête
machine technologique, boursouflée d’algorithmes,
de systèmes totalitaires d’informations,
bête qui court à grande vitesse numérique,
bête qui nous surveille de la naissance à la mort,
bête qui sème la mort en tout aveuglement.
S‘en détourner est sans doute la marche à suivre, si tu peux.
Si tu dois t’y frotter, pas tout·e seul·e, ami·e,
retourne dans la salle de vie / de bal,
danse avec nos bandes, dans la même ronde.