✤ En leur mémoire ces jours de mars - Batha et A., les centres fermés tuent
Au moment des faits, Batha venait d’être transféré du 127bis à Vottem. D’après le peu d’information auxquelles on a accès, cet homme avait passé 36 heures à l’isolement après s’être tailladé le cou avec une lame de rasoir.
Plutôt que de mettre en place des soins adaptés après une telle manifestation de détresse, la réponse du centre a été d’isoler ce monsieur, et de le laisser probablement se vider de son sang. Un travailleur du centre aurait décrit que « la cellule [était] pleine de sang »1.
On pouvait lire dans un article de la RTBF2 que « le détenu [avait] été transféré à Vottem en raison de son cas jugé “lourd“. L’homme avait été placé en cellule d’isolement et était surveillé par caméra. Durant la nuit, il recevait des visites toutes les demi-heures. » Ce sont les mots de la porte-parole de l’Office des étrangers. La version des codétenus est différente, mais on notera que la RTBF ne leur a pas tendu le micro. On notera aussi que leur article informe dès les premières lignes que l’homme décédé était toxicomane et souffrait de « problèmes psychiatriques » : un choix éditorial qui rappelle un procédé bien courant dans les médias, celui de laisser entendre que la victime serait responsable de sa propre mort, en invoquant son état de santé mentale ou son casier judiciaire.
Le CRACPE (Collectif de Résistance aux Centres pour Étrangers) dénonçait à l’époque dans un communiqué3 : « Que s’est-il passé dans ce cachot ? Nous ne le savons pas. Le parquet est sur place. Mais ce que nous savons c’est que le cachot, c’est la prison dans la prison, l’isolement complet, un traitement inhumain. Que cela peut empêcher qu’un appel à l’aide, quelle qu’en soit la cause, soit entendu, et pris en compte. »
Effectivement, nous ne savons pas ce qu’il s’est passé dans ce cachot pendant 36 heures. Ce que nous savons par contre, c’est ce que racontent des centaines de personnes détenues sur ce qu’il s’y passe habituellement : négligence, violences. Le médecin légiste a pourtant déclaré une « mort naturelle ».
Après ce drame des personnes détenues diront : « Ici ce matin les gardiens mettent la musique à fond et essaient de nous distraire. Ils ne respectent rien madame, même pas les morts. »
« Ils ne respectent rien » : ni les morts, ni les vivants, ceux qui doivent continuer à supporter leur détention après avoir appris la disparition de leur camarade. Au 127bis il y a deux ans, après que le corps de A. ait été découvert sans vie, la direction du centre a fait le tour des différentes ailes du bâtiment pour confirmer le décès par pendaison, et pour demander aux détenus de « rester calmes par respect pour l’homme décédé ». Le détenu qui avait découvert le corps aurait été transféré dans un autre centre, contre son gré.
Avant d’être placé en centre fermé, A. s’était présenté de lui-même au commissariat afin de demander un retour volontaire en Éthiopie. Il avait passé 12 ans en Belgique. Les codétenus ont révélé que l’état de A. était interpellant, qu’il recevait beaucoup de médicaments et tremblait en permanence.4
Là où les acteurs des politiques de l’enfermement parlent de « mort naturelle », nous parlons d’assassinat, de non-assistance à personne en danger, de mise à mort de personnes qui sont poussées à bout par un système qui les broie.
En mémoire de Batha et de A. En mémoire à toutes celles et ceux à qui les politiques migratoires ont pris la vie. En solidarité avec toutes celles et ceux qui les subissent et qui y résistent.
À bas les frontières et leur monde Liberté, freedom, الحریة
source : https://www.gettingthevoiceout.org/en-leur-memoire-ces-jours-de-mars-batha-et-a-les-centres-fermes-tuent/